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Le GEFCRF, un mécanisme de lutte contre la vulnérabilité persistante de l'économie africaine aux chocs extérieurs

Posté par Christian Gambotti, le 17 septembre 2026


Gambatti

Par le Pr. Christian Gambotti, Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) - Directeur général de la Tigui Foundation (Abidjan) – Chercheur associé au NASPI (New African Soft Power Institute) - Chroniqueur, essayiste, politologue – Directeur de collections. Contact email : cg@afriquepartage.org

La vulnérabilité des économies aux chocs extérieurs

Dans une économie mondialisée qui se caractérise par une forte interdépendance des flux logistiques, toutes les économies, même celles des pays riches, sont vulnérables aux chocs extérieurs comme en témoignent les conflits récents (Guerre en Ukraine, Guerre entre les Etats-Unis et l’Iran). La guerre entre les Etats-Unis et l’Iran provoque des difficultés d’approvisionnement en pétrole autour du détroit d’Ormuz et en mer Rouge, deux routes maritimes parmi les plus cruciales du commerce mondial. Ces difficultés, qui pèsent lourdement sur l’économie, alimentent l’inflation. Si les économies des pays riches ont une certaine résilience, les rapports de l’ONU sur le commerce et le développement soulignent les vulnérabilités persistantes aux chocs extérieurs des pays en développement, en particulier l’économie africaine. Les facteurs de vulnérabilité de l’économie africaine sont largement documentés, je n’y reviens pas. La question qui se pose est alors la suivante : comment protéger les économies africaines ? La BAD (Banque Africaine de Développement) répond à cette question en mobilisant 4,4 milliards d’euros pour aider les pays du continent à faire face aux perturbations de leurs approvisionnements en énergie, en engrais et en denrées alimentaires.

Renforçant la résilience des économies africaines face chocs extérieurs

Les crises actuelles liées à des conflits armés (guerre en Ukraine, guerre États-Unis - Iran, tensions en mer Rouge autour du détroit stratégique de Bab el-Mandeb) renchérissent les importations et fragilisent les chaînes logistiques mondiales. La BAD, qui entend agir afin de renforcer la résilience des économies africaines face aux chocs actuels et face aux chocs futurs, se propose d’apporter « un soutien rapide et ciblé pour répondre » à des besoins immédiats tout en renforçant la résilience des économies africaines face à des chocs futurs. Elle vient de lancer un mécanisme baptisé « Global Energy and Fertilizer Crisis Response Framework (GEFCRF), afin d’injecter 4 milliards d'euros (5,1 milliards USD) dans les secteurs cruciaux que sont, pour le continent, l’approvisionnement en énergie, engrais et denrées alimentaires. Mécanisme temporaire mis en place pour une durée initiale d’un an, à l’issue de laquelle il fera l’objet d’un réexamen.

Dans l’article qu’il publie le 12 septembre 2026, Moutiou Adjibi Nourou (*), de l’Agence Ecofin, montre que le GEFCRF s’articule autour des quatre priorités suivantes :
1) «  stabiliser les conditions macroéconomiques grâce à des financements contra-cycliques, des réserves de sécurité à court terme et une meilleure coordination des politiques budgétaires, monétaires et d’endettement.
2) « sécuriser les approvisionnements en denrées alimentaires, en énergie et en engrais, grâce notamment aux financements d’urgence et du commerce.
3) « préserver les dépenses publiques essentielles, renforcer la protection sociale des ménages vulnérables »
4) accompagner les réformes destinées à réduire, à plus long terme, la dépendance du continent aux marchés extérieurs. »
La BAD abondera le dispositif à hauteur de 3,5 milliards d’euros pour des prêts supplémentaires et le FAD (Fonds Africain de Développement, pour 825 millions de dollars à travers son guichet de prêts concessionnels. Les financements seront accordés en fonction des demandes et du niveau de vulnérabilité de chaque pays.

Des économies africaines encore plus fragilisées

Les crises qui se succèdent depuis la pandémie de Covid-19 (2019) ne font qu’aggraver les fragilités persistantes des économies africaines. Sur les 55 Etats du continent, tous ne possèdent pas les mêmes atouts pour faire face aux chocs extérieurs. Parmi tous les Etats africains, beaucoup n’ont pas les marges de manœuvre budgétaires et la capacité à diversifier leurs sources d'approvisionnement.

Moutiou Adjibi Nourou écrit dans son article : « Selon un rapport publié le 26 août par le Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA), 32 pays africains importateurs nets d’hydrocarbures ont vu leur facture énergétique augmenter de 21,9 milliards USD entre mars et août 2026. Cette hausse est attribuée à l’envolée des cours provoquée par l’escalade du conflit au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz. Les répercussions pourraient également atteindre les prix alimentaires. Dans une note publiée le 10 juin, l’agence S&P Global Ratings estimait que la hausse rapide du coût des engrais liée à la crise pourrait alimenter l’inflation dans les économies émergentes d’ici à la fin de l’année. Des engrais plus coûteux ou difficiles à obtenir risquent en effet d’en réduire l’utilisation, avec des conséquences sur les rendements agricoles et l’offre alimentaire. »

La question des engrais est cruciale pour l’Afrique, si elle veut rester une puissance agricole. Sa dépendance énergétique aggrave les tensions sur les approvisionnements, pèse lourdement sur les industries manufacturières et les services, alimente l'inflation. Le GEFCRF permettra certes de financer les importations essentielles, mais il vise à protéger les populations les plus exposées au déclassement social et à la précarité.

Les facteurs de résilience et de croissance de l’économie africaine

L’enjeu pour l’Afrique moderne est de ne plus subir les valeurs et les choix des puissances étrangères, ni de s’enfermer dans les impasses que représentent l’Aide Publique au Développement (APD), une aide humanitaire sans fin et un endettement public perpétuel, des mécanismes certes utiles, - jusqu’à quel point ?-, mais qui la maintiennent dans un cycle de dépendance économique, freinent son émergence réelle et l’empêchent d’exercer sa pleine souveraineté.

Fort des richesses de son sol et de son sous-sol qui semblent inépuisables, d’un marché unique de plus de 1,4 milliard d’habitants , d’un capital humain jeune et créatif, avide d’innovation et de croissance, de la confiance des bailleurs de fonds multilatéraux et des investisseurs, ainsi que de l’arrivée des fonds souverains, le continent possède tous les atouts pour déployer, notamment à travers la BAD, des réponses africaines africaine pour l’approvisionnement énergétique, l’importation et la production alimentaire d’urgence.

Pour Martin Fregene, vice-président par intérim de la BAD chargé de l’Agriculture, du Développement humain et social, « Le nouveau Cadre mondial de réponse aux crises énergétiques et des engrais de la Banque nous offre un moyen de répondre aux pressions auxquelles sont confrontés les agriculteurs africains alors que le conflit au Moyen-Orient perturbe le commerce mondial »

La BAD, depuis de nombreuses années, a su mettre en œuvre des mécanismes de financement qui ont permis de protéger les économies africaines face aux chocs extérieurs. Maintenir à flot l’économie africaine lors des situations de crises graves n’est pas suffisant. Parallèlement, il convient d’accélérer la transformation locale des matières premières brutes, répondre au défi majeur de l’approvisionnement en énergie (le manque d’accès à l’électricité freine l’industrialisation du continent) et renforcer les marchés africains à travers la Zlecaf. Les mécanismes de financements temporaires comme le GEFCRF ne permettent pas d’atteindre une souveraineté pleine et entière, un objectif qui dépend de la capacité des Etats à surmonter de lourds obstacles politiques et économiques.
_____________________________

(*) J’ai souvent cité, dans mes Chroniques, le journaliste Moutiou Adjibi Nourou, qui est Rédacteur en chef « Politiques Publiques » au sein de l'Agence Ecofin dont il dirige également le bureau d'Abidjan. Créée en décembre 2010, Ecofin est une agence d'information économique africaine, dont la pertinence des analyses permet de mieux comprendre comment se construit l’économie africaine.

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